Mai 2026 concentre trois jours fériés sur un même mois : le 1er mai (vendredi), le 8 mai (vendredi) et l’Ascension (jeudi 14 mai). Chacun obéit à un régime juridique distinct. Le traitement en paie, les obligations de l’employeur et les droits du salarié varient selon qu’il s’agit du 1er mai ou d’un jour férié dit « ordinaire », et selon ce que prévoit la convention collective applicable.
Projet de loi sur le 1er mai 2026 : ce qui change pour les artisans
Le 1er mai reste le seul jour férié obligatoirement chômé en droit français. Les articles L.3133-4 à L.3133-6 du Code du travail posent ce principe sans ambiguïté. Toute dérogation nécessitait jusqu’ici une impossibilité technique d’interrompre l’activité (hôpitaux, transports, industrie à feu continu).
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En 2026, le Sénat a adopté un projet de loi ouvrant une brèche supplémentaire. Le texte autorise les artisans boulangers-pâtissiers et artisans fleuristes à faire travailler des salariés le 1er mai, sous trois conditions cumulatives :
- L’entreprise doit être artisanale et compter moins de dix salariés.
- Un accord de branche doit encadrer le recours à ce dispositif. Sans accord de branche, aucune dérogation n’est possible.
- Le salarié doit être volontaire, et sa rémunération est doublée, conformément au régime classique du 1er mai travaillé.
Le gouvernement a précisé que ce nouvel alinéa ne modifie en rien le caractère obligatoirement chômé du 1er mai pour l’immense majorité des salariés. Nous recommandons aux employeurs concernés de vérifier si leur branche a effectivement négocié un accord avant de planifier un travail ce jour-là.
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Rémunération du 1er mai travaillé : majoration et cumul en paie
Le régime du 1er mai se distingue nettement de celui des autres jours fériés. L’article L.3133-6 du Code du travail impose une majoration de salaire de 100 % pour le 1er mai travaillé. Le salarié perçoit donc le double de sa rémunération habituelle, sans qu’un accord collectif puisse réduire ce plancher.
Cette majoration se cumule-t-elle avec d’autres majorations ? Si le 1er mai tombe un dimanche, la majoration du travail dominical prévue par la convention collective ne s’ajoute pas automatiquement. Il faut vérifier les stipulations conventionnelles : certaines branches prévoient un cumul, d’autres non. En 2026, le 1er mai tombe un vendredi, ce qui écarte cette difficulté.
Erreur fréquente sur le bulletin de paie
Nous observons régulièrement une confusion entre « indemnité de jour férié » et « majoration du 1er mai ». L’indemnité de jour férié chômé (maintien de salaire) concerne les jours fériés ordinaires non travaillés. La majoration du 1er mai ne s’applique qu’en cas de travail effectif. Sur le bulletin, la ligne doit mentionner explicitement la base légale (L.3133-6) pour éviter tout litige en cas de contrôle URSSAF.
Jours fériés ordinaires du 8 et 14 mai : droits du salarié en entreprise
Le 8 mai et l’Ascension relèvent du régime des jours fériés ordinaires prévus à l’article L.3133-1 du Code du travail. Leur chômage n’est pas obligatoire, sauf disposition conventionnelle ou usage d’entreprise contraire.
L’employeur peut donc imposer le travail ces jours-là. Le salarié qui refuse de travailler un jour férié ordinaire normalement travaillé dans l’entreprise s’expose à une sanction disciplinaire, y compris une retenue sur salaire.
Majoration pour un jour férié ordinaire travaillé
Aucune majoration légale n’est prévue pour le travail un jour férié ordinaire. C’est un point que les articles grand public omettent souvent. Seule la convention collective ou un accord d’entreprise peut prévoir une majoration pour le 8 mai ou l’Ascension travaillés. En l’absence de stipulation, le salarié perçoit sa rémunération habituelle, sans supplément.
Les conventions de l’hôtellerie-restauration, du commerce de détail et de la grande distribution prévoient généralement des majorations ou des repos compensateurs. Nous recommandons de consulter directement la convention applicable via le code IDCC de l’entreprise plutôt que de se fier à des règles générales.
Repos compensateur et récupération
Un jour férié chômé qui tombe un jour habituellement non travaillé (samedi ou dimanche pour un salarié en semaine standard) n’ouvre aucun droit à récupération, sauf accord collectif plus favorable. En mai 2026, le 1er mai et le 8 mai tombent un vendredi : les salariés travaillant du lundi au vendredi bénéficient de ces jours sans perte. L’Ascension, un jeudi, ouvre la possibilité d’un pont le vendredi 15 mai, mais l’employeur n’a aucune obligation légale d’accorder ce pont.

Journée de solidarité et jours fériés de mai : articulation pratique
La journée de solidarité (article L.3133-7 du Code du travail) correspond à une journée de travail supplémentaire non rémunérée, destinée au financement de l’autonomie des personnes âgées et handicapées. Ses modalités sont fixées par accord d’entreprise ou d’établissement, ou à défaut par accord de branche.
En pratique, beaucoup d’entreprises positionnent cette journée sur le lundi de Pentecôte (25 mai 2026). D’autres la répartissent en heures fractionnées sur l’année ou la fixent sur un autre jour férié ordinaire. Le 1er mai ne peut jamais être retenu comme journée de solidarité, puisqu’il est obligatoirement chômé.
Si la journée de solidarité est fixée sur le lundi de Pentecôte, le salarié travaille ce jour-là sans majoration et sans repos compensateur. La durée de cette journée est de sept heures pour un temps plein, proratisée pour les temps partiels. Toute heure effectuée au-delà de ces sept heures entre dans le décompte des heures supplémentaires.
Alsace-Moselle : un régime local plus protecteur en mai
Les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle appliquent un droit local qui rend tous les jours fériés obligatoirement chômés, pas uniquement le 1er mai. Le fondement est l’article L.3134-13 du Code du travail.
Pour les salariés de ces trois départements, le 8 mai, l’Ascension et le lundi de Pentecôte sont chômés de plein droit. L’employeur ne peut pas imposer le travail ces jours-là sauf dérogation préfectorale ou activité relevant d’un service continu. Cette spécificité change radicalement la gestion des plannings de mai pour les entreprises multi-sites ayant des établissements en Alsace-Moselle.
Le régime local prévoit également deux jours fériés supplémentaires (Vendredi saint et Saint-Étienne), mais ceux-ci ne tombent pas en mai 2026.
La concentration de trois fériés en mai 2026, dont deux vendredis, crée des configurations favorables aux salariés en semaine standard. Pour les secteurs à activité continue, elle impose une anticipation rigoureuse des plannings et une lecture attentive de la convention collective avant toute décision de faire travailler un salarié.

